
Définition large, alternance codique réglée, mot qui ne vient pas, avantage exécutif contesté : ce que la recherche établit sur l'expérience bilingue.
L'entre-deux désigne l'état, l'espace ou le moment situé entre deux choses distinctes : on n'est plus dans la situation d'avant, pas encore dans celle d'après. Le mot vaut pour la porte où l'on hésite comme pour la période qui suit un deuil, pour les minutes entre la veille et le sommeil comme pour la vie entre deux langues. Ces situations n'ont pas le même poids, mais elles partagent une structure, décrite depuis un siècle par l'ethnologie, la psychanalyse et l'histoire de l'art.
La difficulté du sujet tient à sa formulation négative. On définit spontanément l'intervalle par ce qu'il n'est plus et par ce qu'il n'est pas encore, ce qui laisse croire à un vide qu'il faudrait franchir au plus vite. L'observation dit autre chose. Un intervalle a ses règles propres, parfois son vocabulaire, souvent ses interdits : le convalescent n'est pas un malade au ralenti, l'adolescent n'est pas un adulte incomplet. C'est ce caractère positif de la zone médiane qui occupe les sciences humaines depuis Arnold van Gennep.
Ce site rassemble 34 articles répartis en 7 rubriques. Ils partent des textes de référence — Van Gennep, Victor Turner, Daniel Sibony, Homi Bhabha, Marc Augé — puis examinent des situations précises : le deuil, l'attente, la convalescence, les images du seuil du sommeil, le clair-obscur, la porte, le couloir, le crépuscule, l'exil. Chaque article répond à une question et s'appuie sur des travaux identifiables, avec l'auteur et l'année.
Le parti pris est descriptif. Il ne s'agit pas de faire de l'entre-deux une sagesse, ni de proposer une méthode pour en sortir, mais de dire ce que l'on en sait : d'où vient la notion, ce qu'elle recouvre selon les disciplines, et ce qui distingue un intervalle véritable d'un simple retard dans un projet.

Le tiers-espace décrit par Homi Bhabha : ni la culture d'origine ni celle d'accueil, mais le lieu de négociation où se fabriquent les identités.

Pour le psychanalyste Daniel Sibony, l'entre-deux n'est pas un vide à combler mais un lien qui sépare et relie. Sa thèse, ses exemples, ses limites.

Ce que Victor Turner ajoute à Van Gennep : la liminalité comme état à part entière, l'égalité entre ceux qui la traversent, et la notion de communitas…

Séparation, marge, agrégation : la structure en trois temps décrite par Arnold van Gennep en 1909, et ce qu'elle explique encore de nos transitions.

L'adolescence comme entre-deux : ce que dit la maturation cérébrale, pourquoi la période s'est allongée, et ce que l'absence de rite de passage y chan…

Thèse soutenue, spectacle joué, maison terminée : pourquoi l'aboutissement laisse souvent un creux, et comment traverser cette période sans la dramati…

La convalescence n'est ni la maladie ni la santé. Ce que ce statut intermédiaire a perdu avec la médecine moderne, et ce qu'il reste utile d'en garder…

Pourquoi certaines personnes supportent mal de ne pas savoir, ce que la recherche appelle intolérance à l'incertitude, et les leviers qui la desserren…

Réveillé mais incapable de bouger : le mécanisme de la paralysie du sommeil, sa fréquence réelle et les lectures culturelles qu'elle a reçues.

L'esprit vagabonde près de la moitié du temps de veille. Ce que la recherche sur le mind wandering a montré, et ce qui distingue rêverie et rumination…

L'état hypnopompique, entre sommeil et veille : inertie du réveil, images persistantes, et pourquoi les premières minutes sont si mauvaises pour décid…

Images, sons et sursauts à l'endormissement : ce que la recherche sait de l'état hypnagogique, et pourquoi artistes et scientifiques s'y intéressent.

Usure ou patine ? Le même phénomène physique change de nom selon le regard. Ce que les craquelures enregistrent, et le seuil que personne ne fixe.

Le ma nomme en japonais l'intervalle, dans l'espace et dans le temps. Ce que la notion recouvre au théâtre, en architecture et en musique.

Une œuvre interrompue, abandonnée ou volontairement laissée en suspens : comment le non finito est passé du défaut au procédé, de Michel-Ange à Rodin.

Portes, paliers, fenêtres : pourquoi les romanciers placent tant de scènes décisives sur un seuil, et ce que Genette appelle les seuils du texte lui-m…

Aéroports, autoroutes, supermarchés : ce que Marc Augé appelle non-lieux, pourquoi la notion a fait fortune, et les critiques qui lui ont été adressée…

Véranda, jardin d'hiver, engawa, porch : les architectures ont inventé une pièce entre l'intérieur et l'extérieur. Ce qu'elle apporte et ses limites.

Le couloir est une invention récente qui a transformé la maison. Ce qu'il a permis, ce qu'il coûte en surface, et pourquoi il fascine les photographes…

Vestibule, antichambre, salle des pas perdus : des pièces dont la fonction est de retarder l'entrée. Ce qu'elles servaient à régler et ce qu'il en res…

Le malaise du dimanche soir : ce que mesurent vraiment les enquêtes, le mécanisme d'anticipation, et l'excès d'accidents cardiaques du lundi matin.

Entre Noël et l'Épiphanie, douze jours qui ont longtemps eu un statut à part. Origine calendaire, coutumes européennes et ce qu'il en reste aujourd'hu…

Le calendrier ne connaît que quatre saisons, l'expérience en connaît davantage. Ce que recouvre l'entre-saisons, du dégel aux étés indiens.

Trois crépuscules successifs, une heure bleue, une heure dorée : ce que recouvrent précisément ces moments, et pourquoi la lumière y change si vite.

Définition large, alternance codique réglée, mot qui ne vient pas, avantage exécutif contesté : ce que la recherche établit sur l'expérience bilingue.

Cadres culturels alternés, identité biculturelle intégrée, injonction à choisir : ce que la recherche oppose à l'image des deux chaises.

L'exil n'est pas un trajet mais une position. Perte de l'évidence selon Schütz, deuil migratoire, mythe du retour et deuxième génération.