L'entre-deux
Édition 2026Ce qui se passe entre deux états, deux lieux, deux moments
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Psychologie et vie intérieure

L'adolescence : ni enfant ni adulte

Un couloir de lycée désert bordé de casiers métalliques, éclairé par une fenêtre au fond.
Photo: Motown31 — Public domain · Wikimedia Commons

Une catégorie récente

L'adolescence comme âge distinct est une invention relativement récente. Le mot existe en français depuis le Moyen Âge, mais la période n'a été constituée en objet d'étude qu'au début du vingtième siècle, avec les travaux du psychologue américain Stanley Hall. Auparavant, le passage de l'enfance au statut d'adulte était souvent bref et marqué par un événement précis : l'entrée en apprentissage, le premier salaire, le mariage. L'allongement de la scolarité a étiré cet intervalle jusqu'à en faire une décennie entière.

Un décalage biologique réel

La neurobiologie a documenté un décalage qui donne à la période sa physionomie particulière. Les circuits liés à la recherche de sensations et à la sensibilité aux récompenses arrivent à maturité tôt, dès le début de la puberté. Les régions préfrontales, impliquées dans l'inhibition et l'anticipation des conséquences, poursuivent leur maturation jusque vers vingt-cinq ans. Cet écart de calendrier, décrit notamment par les travaux de Laurence Steinberg, explique une prise de risque plus élevée sans qu'il faille invoquer une méconnaissance du danger.

Une marge sans rite de sortie

Appliquée à l'adolescence, la grille de Van Gennep fait apparaître une anomalie. La phase de séparation existe, avec la puberté et l'entrée au collège. La marge existe, longuement. Le rite d'agrégation, lui, s'est dispersé en une série d'échéances sans hiérarchie claire : majorité légale, permis, diplôme, premier emploi, premier logement, chacune arrivant à des dates différentes et parfois très tardives. Il n'existe plus de moment où la société déclare quelqu'un adulte, ce qui laisse la sortie à l'appréciation de chacun.

Deux statuts en même temps

La conséquence concrète est une superposition de statuts contradictoires. Un jeune de dix-sept ans peut être pénalement responsable de certains actes, travailler, conduire un cyclomoteur, et se voir refuser un contrat de téléphonie sans signature parentale. Ces incohérences ne sont pas des oublis du législateur : elles reflètent l'absence de définition unique de l'âge adulte. Elles sont vécues comme une injustice au moment même où la sensibilité à l'équité est la plus vive.

Ce qui aide, du côté des adultes

Les revues de littérature sur l'accompagnement de cette période convergent sur des points simples. Maintenir un cadre clair et peu nombreux plutôt que des règles abondantes et négociées en permanence. Distinguer les sujets non négociables, peu nombreux, du reste, où la marge de décision doit croître avec l'âge. Garder un canal de conversation ouvert sur des sujets sans enjeu, parce qu'il sera le seul disponible le jour où l'enjeu sera réel. Ce sont des principes modestes, mais ils tiennent mieux que les stratégies élaborées.

Questions fréquentes

L'adolescence s'allonge-t-elle vraiment ?
Oui, aux deux bouts. La puberté commence en moyenne plus tôt qu'il y a un siècle, et les marqueurs d'entrée dans la vie adulte, logement et emploi stable, surviennent plus tard.
Le cerveau est-il vraiment immature à seize ans ?
Il est fonctionnel mais encore en remaniement. Parler d'immaturité est trompeur : certaines capacités, mémoire et apprentissage, sont à leur maximum. C'est le calendrier différencié des circuits qui compte.
Faut-il rétablir des rites de passage ?
Les tentatives institutionnelles convainquent rarement. Ce qui semble fonctionner relève plutôt du repère explicite au sein de la famille ou d'un groupe, avec un avant et un après clairement marqués.