Le vide après un grand projet

Un creux prévisible
Après une thèse soutenue, une exposition montée, un déménagement achevé ou une compétition disputée, beaucoup décrivent le même phénomène : quelques jours d'euphorie, puis un affaissement net. Le phénomène est assez régulier pour être attendu. Les sportifs de haut niveau le nomment depuis longtemps la dépression post-olympique, et les fédérations en tiennent compte dans le suivi des athlètes. Rien n'oblige à en faire un symptôme : c'est d'abord la conséquence logique de la disparition brutale d'une structure.
Ce que le projet fournissait
Un grand projet ne fournit pas seulement un but. Il fournit un emploi du temps, un critère pour trancher les arbitrages quotidiens, une réponse toute prête à la question de ce que l'on fait, et souvent un groupe. Tout cela disparaît le même jour. Le vide ressenti n'est donc pas la simple absence d'objectif : c'est la perte simultanée d'un cadre, d'une identité provisoire et d'un collectif. Cela explique que des personnes très heureuses du résultat obtenu se sentent malgré tout désœuvrées.
Le décalage avec l'entourage
S'ajoute une difficulté relationnelle. L'entourage félicite, considère l'affaire close et passe à autre chose, au moment précis où l'intéressé entre dans la période la plus creuse. Exprimer un malaise est alors délicat, puisqu'il faudrait se plaindre après une réussite. Beaucoup se taisent pour cette raison. En parler à ceux qui ont traversé la même chose, plutôt qu'à ceux qui ont assisté au projet de l'extérieur, est généralement plus simple et plus utile.
Ne pas enchaîner tout de suite
La réaction la plus fréquente consiste à lancer immédiatement le projet suivant, pour ne pas éprouver le vide. Cela fonctionne à court terme et se paie ensuite, par un engagement pris sans réflexion et une fatigue qui n'a jamais été récupérée. L'alternative n'est pas l'inaction : c'est une période délibérément peu structurée, avec quelques activités régulières et sans objectif majeur, dont on fixe la durée à l'avance. Deux à six semaines suffisent le plus souvent.
Faire le bilan avant qu'il s'efface
Une chose se perd vite après un projet : la mémoire précise de son déroulement. Ce qui a coûté, ce qui a fonctionné, ce qu'on referait autrement s'estompe en quelques semaines et laisse un souvenir lissé. Écrire ce bilan pendant la période creuse a deux avantages. Il donne à cette période un contenu qui n'est pas un nouveau projet, et il conserve une information réellement utile pour la suite. C'est la manière la plus simple de transformer l'intervalle en quelque chose de tenable.