Les douze jours entre Noël et l'Épiphanie

Un intervalle inscrit dans le calendrier
Les douze jours qui séparent Noël de l'Épiphanie forment un des rares intervalles que le calendrier lui-même institue. Leur origine tient à un décalage technique : l'année lunaire de douze mois compte environ trois cent cinquante-quatre jours, l'année solaire trois cent soixante-cinq. Les onze ou douze jours d'écart ont été traités dans plusieurs traditions comme un temps surnuméraire, hors du compte ordinaire. Cette position les a chargés d'un statut particulier, celui d'un temps qui n'appartient ni à l'année qui s'achève ni à celle qui commence.
Un temps où les règles changent
Les coutumes européennes attachées à cette période présentent des traits remarquablement constants : interdiction de certains travaux, notamment filer et laver le linge ; croyances sur les revenants et les chasses sauvages ; déguisements et inversions des rôles. Le folklore germanique parle des Rauhnächte, les nuits rudes. La Befana italienne, la Perchta alpine, les mummers britanniques appartiennent au même ensemble. Ces pratiques correspondent exactement à ce que Turner décrit de la phase liminale : suspension des règles, masques, effacement des statuts.
Les présages et le temps qu'il fera
Une croyance largement répandue attribuait à chacun des douze jours la valeur d'un mois de l'année à venir : le temps observé le premier jour annonçait janvier, le deuxième février, et ainsi de suite. Cette pratique, attestée dans de nombreuses régions d'Europe, a une logique. Un intervalle situé hors du temps ordinaire est le lieu naturel où lire l'avenir. On retrouve le même raisonnement dans d'autres traditions où les jours épagomènes, ajoutés au calendrier, sont réputés révéler ce qui vient.
Ce qu'il en reste
La plupart de ces coutumes ont disparu ou se sont réduites à des formes commerciales. Le calendrier social contemporain conserve pourtant la structure : la période entre Noël et le premier jour ouvré de janvier reste un temps distinct, où les entreprises tournent au ralenti, les écoles sont fermées et le rythme quotidien se défait. Beaucoup de gens décrivent ces jours comme flottants, avec une perte des repères de dates que le vocabulaire courant nomme parfois, non sans justesse, la zone morte.
Un intervalle qu'on peut utiliser
La disparition des rites laisse une période vide de forme, ce qui explique le malaise que certains y éprouvent, entre l'obligation de festivité et l'absence d'activité. Les usages qui fonctionnent aujourd'hui sont ceux qui lui donnent un contenu propre plutôt que de la traiter comme une attente : bilan de l'année écoulée, rangement, correspondance différée, lectures longues. Ce sont des occupations modestes, mais elles rejoignent l'intuition ancienne selon laquelle ce temps n'est pas destiné à la production ordinaire.