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une rencontre informelle

Création 16 et 17 avril 2010 au Colombier à Bagnolet / Commande pour Concordan(s)e 2010

 

Avec : Aurélie Berland

Texte : Nicole Caligaris

 

 Une rencontre inédite entre un chorégraphe et un auteur

Dans Les Hommes signes, Nicole Caligaris, des Têtes d’otage peintes par Fautrier en 1943, écrit : “Ce sont des formes dont je ne reconnais rien, sinon que, si ce sont des corps, ce sont des corps couchés et qu’ils ont déjà pris la température et la matière du sol sur lequel ils reposent, dont ils sont déjà l’un des éléments.” (éd. Abstème et Bobance, “Notule”, p. 17) L’étrangeté et l’obsession les moins réductibles se tiennent là et tiennent à ça : le corps n’est pas une limite, il éprouve et se fait l’épreuve de zones limites d’où s’élève — qu’il s’agisse de l’écriture, de la danse, de la peinture — l’imparable question de la reconnaissance. “Si ce sont des corps” dit Nicole Caligaris. Le doute dérange, obsède, inquiète. Mais n’arrête pas, n’interdit rien : ce doit être des corps, il le faut, pour que le discernement s’opère, opère plutôt, et reconnaisse en toute justice l’immense travail de soutenance qu’une existence contestée, déniée, menacée mortellement endure, affirme envers et contre tout, afin que l’effacement ne se confonde pas avec l’oubli, la décomposition avec le cynisme des constats, la force de donner forme avec l’indifférence d’un art formel. Fautrier, maître de l’art informel, disait Paulhan. Entre Nicole Caligaris et Daniel Dobbels, accompagnés d’Aurélie Berland, l’enjeu pourrait se formuler alors ainsi : inventer les conditions d’une rencontre informelle, entendant par là la plus secrète des exigences : que cette invention n’induise aucune prise d’otage, c’est-à-dire qu’elle ouvre sur une liberté inaliénable.

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