© L'écharpe grise - Laurent Philippe

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solitaires

Suite de quatre soli


Danser, c’est  transgresser en s’approchant d’une autre loi, imparable et inédictée, où celle qui se l’autorise (la danseuse) ne reconnaît que l’égard qu’elle se donne en se
donnant à lui. Ce temps-là n’est dans les mains de personne (personne ne saurait sans stupidité s’en arroger les modalités et les écarts, ni le mari ni l’amant, ni l’enfant ni le proche parent, ni l’auteur de quelque jour que ce soit). Ce temps, dansant, est au sens strict un solo de temps, une fraction de temps hors norme et indivisible, une sensation d’être unique et, comme telle, infiniment proche du cœur qui se résout à ne plus battre un instant dans le corps de chaque femme quand elle sent que les choses pèsent d’un poids intolérable.

 

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Parfois la colère tombe

Création le 28 janvier 2008 à micadanses, Paris 

Interprète : Anne-Sophie Lancelin

Musiques : Beethoven : Quatuor à cordes en si bémol ; triple concerto 2è mouvement ; Sonate au Clair de Lune 1er mouvement

Sur son envers, la danse conjugue son temps sans passé. Elle en reçoit le plus léger et le plus indicible des chocs : une douleur tue jamais perdue. Venante. Indécise. Don sans lendemain – corps amoureux de son spectre. La danse se doit. Se doit de laisser naître l’enfant du spectre, diaphane de poids, étranger à sa naissance, allant de ses propres ailes, sauf de toute épouvante, protégé par celle qui, seule, a le pouvoir de le reconnaître, comme tous les orphelins de la nuit.

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L'écharpe grise

Création le 4 juillet 2007 dans le Vif du sujet, festival Montpellier Danse.

Avec Carole Quettier
Musiques : Nick Cave : the mercy seat, the Lire of Orpheus/ Bert Jansch : the needle of death/ Johnny Cash : Hurt/ John Lee Hooker : Tots on, gas on High

Voix de fin : Cave, Cash, Jansch, Hooker
Voix des feintes, voix d’aiguilles, fuyant et conjurant les dernières gravités, exténuées par ce silence sans appel qui s’ouvre comme un chant mort.
Une danse pourrait-elle être l’aube inespérée d’une voix qui s’éteint et ne sait où prolonger ses forces d’égarée ? Un corps ne pourrait-il se tenir là, au cœur du premier crépuscule, comme un dos nu, s’avancer de nulle part, dessiner les traits de l’autre parcours, plus mobile que la mort et décrire cet espace libre comme une écharpe grise ?

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Un temps rare

Création le 29 février 2008 au Théâtre de Vanves

Avec Christine Gérard

Musiques : Bernard Cavana, trio pour accordéon et chant cruel n°1 ; Jacob Ter Veldhuis, Post nuclear winter scenario n°1

La danse tourne exactement, hors de la dernière heure. C’est son temps, peut-être calé, peut-être délogé. Certain du corps qui le traduit. Elle enregistre et distille les traits intangibles d’un récit dont la mort ne connaît pas le traître-mot. Elle est l’ongle qui raye sans blesser le verre soufflé d’une existence dansée. Poignée muette comme un poème venant à son jour. Rareté de ce jour d’autant plus irradiant qu’il passe au noir et qu’aucun geste en lui ne peut s’assombrir.

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Les yeux blonds

Création le 6 juillet 2008 dans le Festival de danza di confine (I)

 

Avec Aurélie Berland

Musiques : Patti Smith, My Blakean Year ; Ain't it strange ; Beneath the southern cross ; About a boy


Blonds d’être bleus, ces yeux, la danse y dépose-t-elle son regard ? Et où le porte-t-elle ? «Don’t you see when you’re looking at me/ That I’ll never end transcend transcend... » (Patti Smith, Ain’t it strange). La fin n’est pas une transe. Elle ne se transcende pas : la fin est une danse... sans fin. Une danse seule d’être seule, n’en souffrant pas, souffrant d’autres solitudes la heurtant de loin, comme une eau morte. « Attends de l’eau qui dort du poison » (William Blake, Proverbes de l’enfer). La danse se désaltère à d’autres sources.