© Laurent Philippe

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Les plus courts chemins

Création 8 et 9 octobre octobre 2010 au Forum du Blanc-Mesnil

 

Être, à même avec Adrien Dantou, Raphaël Soleihavoup

Les revenants avec Aurélie Berland, Marine Chesnais et Carole Quettier

Effectif réduit avec Aurélie Berland, Marine Chesnais, Adrien Dantou, Raphaël Soleihavoup, Carole Quettier

 

Rien ne peut nous faire croire qu’aujourd’hui plus qu’hier, nous sommes à même de percevoir et recevoir (accueillir) ce que « la danse contemporaine » tente de mettre au jour et de sauvegarder depuis bientôt plus d’un siècle. Elle n’a cessé de rappeler, de façon à la fois manifeste et discrète, cette toujours étrange vérité : il existe une virtualité du corps « propre » à la danse plus riche en formes et en devenirs, en événements imprévisibles, que toute pratique ou technologie nouvelle où, si légitimes en soient les recherches, expériences et les avancées, le corps qu’elle traite se réduit à quelques schèmes moteurs ou expressifs, instrumentalisant ses pouvoirs, les déléguant à d’autres puissances de substitution. Les sciences comme les autres arts, le plus souvent, interfèrent dans la force plastique des corps et s’interposent suivant leur propre logique avant que ceux-ci aient eu le temps de livrer ou délivrer tous leurs ressorts, leurs écritures, leurs jeux de signification mis en jeu par la danse. Qu’une danse tente simplement de développer et soutenir les forces non restreintes qui sont les siennes, ce serait là l’affirmation muette de ce programme de plusieurs pièces qui en serait, alors, le tenant, sans s’aliéner à de faux ou prématurés aboutissements (terme si proche d’abrutissement ou d’emboutissement). Ces danses relativement courtes (entre 20 et 30 mn chacune) cherchent des origines ou des commencements différents ; si distantes soient-elles les unes des autres, elles ont en commun de ne pas trouver leur « sauvegarde » dans un disque dur mais dans un détour du temps, là où le désir d’existence mesure à chaque pas ce qu’il a de provisoire mais aussi d’inespéré ou d’inattendu.

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Être à même

Avec : Adrien Dantou et Raphaël Soleilhavoup

 

Etre juste au-delà de ce qui s’est passé (de blessant), dans un temps à la fois proche et lointain, non conjuré, vierge de ses atteintes. Etre deux, à même, de reconnaître et donner corps à ces premiers gestes qui ouvrent à la douceur du temps, s’exposent à l’immédiate et tenace menace qui les condamne. Etre à même de filtrer l’interdit, de ne céder à aucun stéréotype mortel, de déceler entre le « même » et le « même » une foi sans mesure, une liberté irréductible, le trouble insigne d’un contact dont la touche ne peut sous la contrainte d’une lutte à mener, d’un combat à soutenir. Etre, à même, de ne répondre à aucune prise susceptible d’instaurer la figure oppressante d’un « ghetto ». Etre à même d’être autre que ce que la malédiction des jours exigerait que l’on soit : rien de soi, être à même d’être deux pour qu’une danse conjure le surgissement d’un mouvement de concentration… d’un rose criminel

 



Musique : Cadro ma qual si mira de Francesco Araia et Sposa, non mi conosci de Geminiano Giacomelli, chantés par Cecilia Bartoli (chants extraits de Sacrificium)



Durée : 20 mn

 

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Les revenants

Avec : Aurélie Berland, Adrien Dantou et Carole Quettier

 

D’où revient une danse ? De quels fonds et de quelle absence de fonds semble-t-elle remonter ? De quel insensible naufrage marquerait-elle la fin ? Là où ce qui a disparu ne peut plus disparaître, se tiendrait, transparent et translucide comme le corps d’une méduse, un léger mouvement confondant de douceur qui serait comme une onde de corps, son spectre insubmersible, une déclinaison d’être que rien ne condamne à mourir. Danse en un sens absente à la mort. Ignorant l’horreur des fonds comme l’attirance dangereuse des surfaces. Danse d’algues – sans algorithmes ni miroitement mais source de métamorphoses ou d’anamorphoses (projection en arrière-fond d’œuvres de Mantegna, Dali et Markus Raezt).

Musique : Premier mouvement de la Symphonie n°5 en do dièse mineur de Gustav Mahler
Durée : 15 mn

 

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Effectif réduit

Avec : Aurélie Berland, Marine Chesnais, Adrien Dantou, Carole Quettier et Raphaël Soleihavoup

 

D’où vient une danse ? Qu’invoque-t-elle ? Qui convoque-t-elle ? De quel nombre de danseurs a-telle besoin ? Et pourquoi ceux-ci précisément ? Six – nombre qui pourrait rappeler, implicitement, les « six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello, sauf que le texte ou le drame à jouer, encore non écrit, l’intrigue à nouer et à dénouer, mouvante par définition, seraient comme des mots en fuite ou des fuites de mots donnant lieu à des sols et des espaces glissants, des esquisses et des esquives de formes, des fugacités de sens dégagées d’un fond répressif, d’une attente régressive. Danse qui ne désirerait que passer, se passer d’un mauvais sort, s’en passer, n’ouvrant que sur l’énigme de l’apparition multiple, telle que la révèlent les « Meidosems » ou les hommes-fils de Michaux, veillés par les textes, mais n’obéissant pas à leurs lois. Effectif réduit ? On passe et apparaît en petit nombre pour que la ligne de démarcation s’efface au passage et donne lieu à un nombre de gestes et de mouvements souverainement indéfinis.


Musique : Francisco Lopez, We carry on de Portishead et Voodoo Chile de Jimi Hendrix
Durée : 38 mn